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Derrière les a priori, une administration diverse en mutation


Elle est la cible des critiques faciles et, parfois même, des railleries. Retard, discours incompréhensible, délais trop longs ou privilèges…. L’administration française se retrouve régulièrement pointée du doigt par les citoyens. Pourtant, celle que l’on personnifie parfois comme « monstre » est en pleine mutation et revêt bien d’autres facettes, plus positives.

« Une vision caricaturale »
Stéphane Vincent, directeur du projet « la 27e Région » « action-tank » consacré à l’innovation dans le secteur public, commente la mauvaise presse qui entoure l’administration française. « Ce qui est très frappant en France, c’est qu’on a une dent contre l’administration », constate le consultant dans le secteur public. « On en a une vision caricaturale. On ne voit pas la diversité de celle-ci, ces structures ont évolué. Au sein même de l’État, il existe plusieurs sortes d’administrations (nationales et locales) et trois fonctions publiques distinctes (la fonction publique de l’État, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière). On voit bien que quand on parle d’entreprise, on sait différencier les TPE, les PME… Mais quand c’est l’administration, c’est un grand tout » associé à l’inertie et à la bureaucratie. « Pourtant, à l’intérieur, il y a des administrations avec un fort esprit d’innovation et des gens qui essaient de bouger les choses. »

« Une administration plus ingénieuse et créative »
C’est avec ce sens de la nuance qu’on devrait donc cesser de conjuguer l’administration au singulier mais plutôt en avoir une vision plurielle. « Dans l’action publique, une multiplicité d’acteurs travaille ensemble », informe le spécialiste. « On n’est plus du tout autour d’une action publique uniquement pilotée par l’Etat. L’écosystème est bien plus ouvert. » Mais en quoi l’administration a-t-elle donc évolué au fil des années ? « On commence par mieux comprendre comment travailler entre administrations et citoyens que ce soit à petite ou grande échelle », lance-t-il. « Avant, on comptait bien trop sur les approches trop rationnelles. Or, on voit désormais arriver des gens qui viennent de la création, du design… Cette rencontre donne des choses intéressantes. Pour faire une bonne politique publique, il ne faut pas être uniquement rationnel, il faut aussi être imaginatif. On est donc passé d’une administration avec un idéal d’excellence à une fonction publique plus ingénieuse dans les ajustements, dans la créativité et la transversalité… »

Considérer le citoyen comme un partenaire
S’il est une chose qui a semble-t-il évolué, c’est le souci des administrations de se rapprocher des citoyens. « Depuis quelques années, elles s’interrogent sur la manière de se réorganiser autour du citoyen », évoque Stéphane Vincent. « Le citoyen n’est plus en bout de chaîne, c’est devenu le premier maillon. On le considère comme un partenaire. On voit depuis une dizaine d’années certaines régions mettre en place des espaces de co-production de politique publiques pour travailler avec le citoyen. Dans le Puy-de-Dôme, par exemple, la nouvelle médiathèque de la communauté de communes Dore Allier a été créée avec les habitants. Avant, si on avait construit une médiathèque, on aurait créé un lieu de retrait d’ouvrages. Ici, les gens ont considéré qu’elle pouvait avoir un rôle de recherche d’emploi. Ils ont aussi trouvé des moyens de toucher ceux qui vivent trop loin de la médiathèque en mettant un système de prêt d’ouvrages. Il existe une réflexion systémique menée par les collectivités, les administrations et les habitants. »

« Des dynamiques locales se créent »
Ce type d’innovations restent davantage visible à l’échelle locale où les dynamiques ouvrent davantage de possibilités. « En réalité, cela dépend des contextes géographiques », nuance Stéphane Vincent. « À Lyon et Marseille, les dynamiques ne sont pas du tout les mêmes. En revanche, ce qui me semble intéressant, c’est le constat de ces dynamiques locales qui se créent dans certains territoires. En général, elles résultent de deux leviers celui local et celui international où l’on réalise des coopérations avec d’autres métropoles. » Ce phénomène d’innovation sociale ne prend évidemment pas corps qu’en France puisque bien d’autres pays ont depuis bien longtemps amorcé le virage vers le citoyen. « En France, on ferait bien de regarder ce qui se passe dans les autres pays, conseille Stéphane Vincent. Je reviens de Mexico où un laboratoire d’innovation a été implanté par la ville en collaboration avec les habitants pour ???.

Des exemples d’innovations dans le monde
Ce phénomène qui s’incarne dans le monde entier créé des laboratoires d’innovation sociale, des espaces neutres pour dialogue avec les citoyens, des méthodes d’immersion pour retourner sur le terrain. Tout ne marche pas mais partout dans le monde on voit monter des démarches qui dessinent l’administration de demain. Il s’agit de reconstruire une autre relation entre la ville et ses habitants mais aussi de régler des problèmes de la ville. Par exemple, beaucoup d’enfants meurent d’accidents de la route, ils ont créé des espaces protégés pour eux. Au Danemark, depuis 17 ans, le gouvernement dispose d’une cellule qui va au-devant des politiques publiques et qui alerte sur chaque politique publique qui ne fonctionne pas bien. On parle beaucoup d’innovation en France mais on devrait miser sur un travail de recherche et de développement. Quand on veut aller sur Mars, on n’y part pas tout de suite sans filet. Il faut faire toute une batterie de tests avant ! ».